Majdi KHOUDEIR : « L’Isae-Ensma est une école de son temps »

Majdi KHOUDEIR : « L’Isae-Ensma est une école de son temps »

En soixante-dix-huit ans d’existence, l’Ecole nationale supérieure de Mécanique et d’Aérotechnique (Isae-Ensma) de Poitiers a formé plus de 6 500 ingénieurs de haut niveau, spécialisés dans l’Aéronautique, le Spatial et la Défense (ASD), et développé une activité de recherche de renommée internationale. Rencontre avec Majdi Khoudeir, directeur depuis septembre 2022.

Quelle est la place de l’aéronautique et du spatial dans les formations dispensées à l’Isae-Ensma et dans les métiers auxquels elle prépare ?

« Dans ses domaines de compétences, l’Ensma, qui a rejoint, en 2011, le groupe Isae, premier pôle mondial de formation et de recherche en aéronautique et spatial, est devenue une référence de haut niveau scientifique et technologique. Son activité de recherche est elle-même référencée dans le prestigieux classement de Shanghaï et se nourrit de nombreux partenariats avec les plus grandes entreprises. On peut aujourd’hui estimer à 60% et même, plus probablement, à 65% la part de débouchés dans l’ASD proposés à ses diplômés ingénieurs. En comparaison, les transports représentent 10%, l’énergie et l’environnement 8%. Plus que jamais, l’Isae-Ensma est identifiée comme un partenaire de référence, tout à la fois par les industriels et la communauté éducative internationale, pour sa capacité à adapter ses formations aux besoins d’un marché en constante mutation et la qualité de ses activités de recherche. Bien qu’héritière d’une longue histoire, l’Isae-Ensma est une école de son temps, qui colle aux exigences de son temps. »

Où se situe l’avenir des ingénieurs formés à l’Isae-Ensma ? La Nouvelle-Aquitaine, la Vienne elle-même, sont-elles aptes à contrer l’exode des talents, à les garder sur leur territoire, dans leurs entreprises ?

« Je ne pense pas qu’il faille prendre le sujet de l’après-études sous cet angle. L’Isae-Ensma ne recrute que sur concours et à l’échelle nationale. Elle ne recrute ni en local ni pour bâtir l’industrie de demain à Poitiers ou Châtellerault. Ses diplômés ont vocation à servir les intérêts de la France et sont de fait promis à œuvrer partout où l’industrie aérospatiale nationale, puisque c’est d’elle qu’il s’agit en l’occurrence,aura besoin d’eux. Une fois ce constat établi, force est de reconnaître qu’en matière d’aéronautique et de spatial, la Nouvelle-Aquitaine a de sacrés atouts à faire valoir, de belles entreprises à développer. Le maintien dans la région des talents formés à Poitiers n’est donc pas illusoire. »

Peut-on parler d’« esprit Ensma » ?

« Certainement. Depuis mon arrivée à la direction de cette école, en septembre 2022, j’ai pu mesurer ce sentiment d’appartenance qui imprègne la très grande majorité de ses étudiants. Les actuels, mais aussi les anciens, les « alumni » comme nous les appelons, qui sont nombreux à manifester leur attachement à un établissement devenu institution au f il de ses (bientôt) soixante-dix-huit ans d’existence. Nos ambassadeurs sont les premiers gardiens de cet « esprit Ensma ». Des générations entières d’élèves, quelles qu’aient été les suites de leurs carrières, ont été marquées par leur passage ici. Et ça, ça en dit long sur la capacité de l’école à séduire et convaincre. »

“ Nos diplômés ont vocation à servir les intérêts de la France et de l’industrie aérospatiale nationale partout où elles auront besoin d’eux. ”

Est-ce, justement, le cas ? L’Isae-Ensma séduit-elle toujours ? L’aéronautique et le spatial tout autant ?

« L’industrie aérospatiale surfe sur une belle dynamique. Notre école épouse cette dynamique. Si le secteur est aussi attractif, c’est que les métiers auxquels il donne accès s’exercent avec passion. Or, la passion est un formidable vecteur de développement et d’épanouissement personnels. Je n’ai aucun mal à affirmer que la très grande majorité de nos étudiants, des chercheurs et des serviteurs de l’aéronautique, du spatial et de la défense sont de vrais passionnés. On note un attrait de sens. L’Ensma permet de donner du sens à ses études et à son avenir professionnel. Ses formations répondent à de réels besoins et attentes des acteurs de l’ASD, elles savent s’adapter aux évolutions du marché, de la demande, de la concurrence. Ce sont cette adaptabilité et cette diversité qui font sens. »

Est-ce vrai qu’à la dernière rentrée, l’Isae-Ensma a affiché un record historique de présence féminine dans ses effectifs ?

« En effet. Le taux de féminisation a progressé, nous sommes passés de 20% à près de 26% de filles dans les rangs de la nouvelle promotion. J’espère qu’il ne s’agit pas d’un épiphénomène. J’ose croire au contraire qu’on récolte là les fruits d’un patient travail mené par notre école auprès des jeunes, de leurs familles, des lycées,… pour dépoussiérer l’image de l’industrie au sens large et vanter les mérites de l’ASD, la richesse des métiers et la diversité des plans de carrière que le secteur propose. Notre message, c’est de dire que tout est possible. S’il fait écho auprès des jeunes femmes, tant mieux. Et puis, n’oublions pas que la relève tricolore de Thomas Pesquet dans l'espace sera assurée par une femme, en 2026. Ne peut-on pas croire que cela ait aussi une influence sur les choix de carrière de la gent féminine ? »

Revenons aux entreprises du sérail. Quel bénéfice votre école tire-t-elle de la présence sur leur sol de fleurons de l’industrie ASD tels que Saft, Safran ou Thalès ?

« Le bénéfice d’une telle « cohabitation » est réciproque. Notre collaboration est essentielle et va bien au-delà des stages et périodes d’immersion proposés par ces géants industriels à nos élèves. Leurs équipes elles-mêmes interviennent régulièrement chez nous. Les échanges sont continus et, surtout, leur avis compte. Les consulter, c’est pour nous l’assurance de coller aux évolutions du marché, d’avoir une vraie force de proposition pour l’élaboration de cartes de formation répondant au mieux aux attentes des professionnels. Pour rappel, les présidents du conseil d’administration et du conseil de perfectionnement de l’école sont des industriels. »

L’échange partenarial, c’est aussi ce que privilégie le projet Futurolab ?

« Futurolab, que nous espérons voir sortir de terre à l’horizon 2027-2028, a été conçu comme un lieu de travail collaboratif dédié à l’innovation et à l’entrepreneuriat. Un site d’expérimentation qu’animeront et piloteront les élèves de l’école, mais qu’ils partageront avec des institutionnels et des industriels dans le but de mener à bien des projets co-construits. Il est fort probable que dans ce cadre, les grosses entreprises locales du secteur de l’ASD soient régulièrement sollicitées. »

Quand on parle d’industrie ASD, il semble plus facile d’évoquer les applications des études suivies à l’Ensma dans les secteurs de l’Aéronautique et du Spatial que dans celui de la Défense. Les débouchés sont-ils réels ?

« Mieux que cela, ils sont multiples. Car dans toutes les thématiques de travail abordées par l’Ensma, la Défense est engagée. Ce qui est applicable à l’aviation civile l’est bien souvent aussi au militaire. Même chose pour le spatial. Les débouchés sont partout. A son humble niveau, l’Ensma participe au rayonnement de la France et au renforcement de sa souveraineté dans différents secteurs de pointe. »

“ A son humble niveau, l’Ensma participe au rayonnement de la France et à renforcer sa souveraineté dans différents secteurs de pointe.”
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