
Professeur de chimie à l’Université de Poitiers, Sébastien Papot a fait de la recherche contre le cancer le combat d’une vie. Parmi ses nombreuses obsessions, le développement, l’optimisation puis l’adaptation à l’homme d’un médicament capable de détecter les tumeurs malignes et de s’attaquer directement à leur environnement immédiat.
De lui, on peut aisément dire qu’il a la passion chevillée au corps. Un quart de siècle que la recherche est un guide, le cancer un ennemi déclaré, la programmation moléculaire un bâton de maréchal. Pied à pied, Sébastien PAPOT traque la maladie, fourbissant ses armes pour un jour, peut-être, l’éradiquer. Pour entretenir l’espoir d’y parvenir, le responsable de l’équipe « synthèse organique » de l’IC2MP (Institut de Chimie des Milieux et Matériaux de Poitiers) a créé, en 2018, SEEKYO, startup depuis lors présidée par l’entrepreneur Oury CHETBOUN. Sa raison d’être ? Le soutien et la valorisation des travaux de recherche fondamentale, puis du développement et enfin des essais cliniques chez l’Homme d’un agent thérapeutique capable de détecter, reconnaître et traiter une tumeur cancéreuse. Nom de code de ce « candidat médicament » : SKY01. « Le credo de nos recherches est d’adapter à des applications biologiques le concept de programmation moléculaire sur lequel nous travaillons depuis des années, précise le professeur de chimie. Nous avons mis au point une sorte de mini-robot qui, un peu comme dans le film L’Aventure intérieure, effectue des allers-retours dans le corps humain à la recherche d’une tumeur, l’analyse quand il l’a trouvée et déclenche in fine un acte thérapeutique. »
Sur la piste des tumeurs solides
Perspicace et réactif, SKY01 se pare d’une autre qualité ô combien essentielle : la minimisation des risques d’effets secondaires de son action sur le patient. « A travers des tests pratiques sur animaux, poursuit Sébastien PAPOT, nous nous sommes aperçus que l’approche était meilleure lorsqu’on ciblait, non pas la tumeur elle-même, très hétérogène, mais son environnement immédiat. Le bénéfice de cette approche, c’est qu’un seul anticancéreux pourrait traiter la plupart des tumeurs solides (pancréas, sein, poumons, cervix, colon, cerveau…), en s’attaquant à leur environnement et donc éviter les effets secondaires d’une chimiothérapie diffuse qui, on le sait, n’exploite qu’une faible partie de son potentiel thérapeutique. »
“ Pour être valides, les essais de SKY01 chez l’Homme doivent être menés auprès d’une centaine de patients. Or, pour un seul patient, il faut compter environ 100 000€. ”
En six ans d’existence, SEEKYO, elle même soutenue dès le départ par l’incubateur de la Technopole Grand Poitiers et le Service Partenariat Valorisation de la Recherche (SPVR) de l’université de Poitiers et du CNRS, n’a jamais cessé d’accompagner et de mettre en lumière les travaux du laboratoire dirigé par Sébastien PAPOT. Après deux premières levées de fonds, en 2020 et 2022, la première portant sur les travaux de recherche fondamentale, la seconde sur la phase de développement et d’optimisation de SKY01, une troisième a été lancée cet été. « Nous nous attaquons cette foisci à la phase, décisive, mais aussi très coûteuse, de certification réglementaire de notre produit, d’essais précliniques de toxicité et de structuration de nos futurs essais cliniques, éclaire le scientifique. Pour être valides, ces essais chez l’Homme doivent être menés auprès d’une centaine de patients. Or, pour un seul patient, il faut compter environ 100 000€. C’est dire qu’on a besoin de l’accompagnement et de la confiance d’un maximum d‘investisseurs. » De vous-mêmes ou de connaissances motivées par le combat contre le cancer ? Le combat pour la vie.