
Parce qu’elles sont devenues des enjeux de santé publique, la détection, la prévention et la prise en charge des souffrances du chef d’entreprise fédèrent un maximum d’énergies sur le territoire. Quelques exemples de gens qui vous veulent du bien !...
Aract, l’aide au rebond
Le réseau des Agences régionales pour l’amélioration des conditions de travail -dont l’Aract Nouvelle-Aquitaine- a fait de l’optimisation de l’organisation des entreprises et des relations professionnelles le fil rouge de son engagement au service des dirigeants, cadres, salariés, ouvriers, employés… de notre pays. Les campagnes de communication menées dans le territoire comme les études réalisées par ses services vont toutes dans le sens d’une conviction profonde : que l’amélioration de l’outil de travail concourt au bien-être de l’entreprise et de toutes ses forces vives. Ses interventions elles-mêmes, effectuées sur demande du dirigeant, proposent des temps de concertation collective et d’échanges individuels tournés vers cette obsession du mieux-être. La santé mentale du chef d’entreprise ? « Elle est aussi essentielle au bon équilibre de l’édifice que celle des collaborateurs, explique Arnaud BARILLET, chargé de mission. Lors de nos interventions, le repérage des situations personnelles diff iciles est un guide. Face au déni et au non-dit de la plupart des dirigeants, les témoignages des salariés sont souvent révélateurs de problèmes profonds. Ils sont les premiers observateurs des fragilités, des doutes, de la fatigue, des comportements inhabituels de leur patron et ont un rôle prépondérant à jouer dans la mise à nu des souffrances enfouies. » Les solutions, l’Aract les cherche dans la force de la collaboration. « Pour sortir des situations les plus complexes,l’œuvre collective est toujours plus efficiente que l’initiative personnelle, insiste Arnaud BARILLET. Des études récentes ont montré que la santé mentale des dirigeants était indissociable des projets que l’entreprise elle-même était capable de porter, des innovations qu’elle pouvait apporter. La satisfaction collective rejaillit sur la personnelle et participe au bien-être de tous. » A méditer…
Mandataire judiciaire, une sentinelle parmi d’autres !
En tant que « défenseur de l’intérêt collectif des créanciers auprès des entreprises », Stéphane-Alexis MARTIN, mandataire judiciaire, est « par essence » régulièrement confronté à des dirigeants en difficulté. Si elle lui vaut parfois l’animosité de ses interlocuteurs, sa mission de liquidateur judiciaire est, dans la plupart des cas, comprise et acceptée. « Il y a, dans la liquidation, une certaine forme de soulagement, explique-t-il. Le simple fait que nous prenions tout en main, notamment le devenir des salariés, déleste le dirigeant d’un poids parfois trop lourd à porter. Elle sanctionne certes la fin d’une histoire, personnelle et collective, mais permet aussi et surtout à l’entrepreneur de tourner le dos à ses tourments, à ses souffrances. » Des souffrances auxquelles Me MARTIN n’est nullement insensible. Il poursuit : « Les dirigeants se sentent généralement seuls, coupables d’entraîner des hommes et des femmes, et même leur propre famille, dans leur « chute ». Quand survient l’heure de la liquidation, ils sont psychologiquement usés. C’est là, dans le constat et le repérage de situations extrêmes, que nous avons un rôle à jouer. Même si nous n’avons pas de formation dédiée, la dimension sociale et humaine prend de plus en plus de place dans notre métier. Personnellement, je me fais un devoir d’échanger au maximum avec ces patrons, de les écouter, de comprendre les raisons de leur échec, de leur permettre de s‘exprimer librement. » Et même, lorsque c’est nécessaire, de les orienter vers des entités capables de les aider à tourner la page.
La FFB à l’écoute
La Fédération française du Bâtiment fut l’une des premières organisations professionnelles à s’emparer du dossier de la santé mentale des dirigeants et à créer une cellule d’accompagnement psychologique dédiée. Née en septembre 2014, point-de-rupture.com, c’est son nom, propose aux entrepreneurs en souffrance l’écoute et l’attention nécessaires à la libération de leur parole. « A l’époque, rappelle Benoît JACQUEMIN, président de la FFB 86, des cas de suicide avaient déjà secoué notre corporation. Deux ans plus tard, trois autres événements tragiques, dont un pendant les fêtes, ont rappelé combien notre profession était fragilisée. La communication autour de point-de-rupture.com s’est dès lors intensifiée. Il a fallu convaincre nos ressortissants de sortir de leur isolement. On peut dire aujourd’hui que certains tabous ont été brisés. » En dix ans, une vingtaine de personnes ont été accompagnées par la cellule et peut-être (sans doute) sorties du gouffre. Le socle de son travail ? L’écoute téléphonique. « L’échange et la mise en confiance, poursuit le président, sont les moteurs de notre action. Le conseil est au-delà possible, mais lorsque nous n’avons pas la compétence pour le donner, nous nous chargeons d’orienter nos interlocuteurs vers les personnes ou structures les plus à même de les aider. » En plus de cette écoute téléphonique, la cellule propose des groupes d’analyse de situation professionnelle. Ses deux psychologues en ont constitué quatre en 2023. Au cours de cette même année, quatorze personnes ont en outre bénéficié d’un accompagnement individuel de deux heures, financé par la Fédé.