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Propriétaire, depuis huit ans, du restaurant Les Pirates et des hôtels du Parc et Kyriad au Futuroscope, Hugues Baalouch a emprunté de nombreux chemins de traverse avant de trouver sa voie. Celle de l’hôtellerie jadis choisie par ses parents mais à laquelle il avait longtemps pensé devoir échapper.
Au rendez-vous fixé, la pendule affiche déjà une bonne demi-heure de retard. « La première fois, ça surprend, nous on est habitués », pérorent ses collaborateurs résignés. L’aveu suinte l’évidence : le traditionnel quart d’heure poitevin n’est pas la tasse de thé d’Hugues BAALOUCH. Avec lui, ce serait plutôt trois fois plus. Et alors ? « Ce qui compte, c’est que je sois là », lâche sobrement le bonhomme. Le sourire est de mise. Comme à son habitude. A 39 ans, le natif d’Ancenis, en Loire-Atlantique, a les traits de caractère d’un gamin instable et immature. « Celui que je n’ai jamais cessé d’être », reconnaît-il dans un énième éclat de rire communicatif. La porte de son grand bureau des Pirates, le restaurant dont il est le propriétaire depuis 2016, s’ouvre elle-même régulièrement sur l’appel de l’échange et du dialogue. Collaborateurs et amis la poussent à tour de rôle, pour butiner un bon mot, un sourire, un conseil… d’un boss qui n’y fait que rarement étape. « Moi, il faut que je bouge, lâche-t-il. Rester des plombes assis à un bureau, ça m’est impossible. » L’aveu est le reflet d’un parcours de vie. Expression du mouvement perpétuel dont Hugues s’honore depuis sa plus tendre enfance. Sa philosophie ? Ne jamais succomber à l’ennui, ne jamais prêter le flanc à la routine. « Je sais aujourd’hui ce sur quoi repose la dynamique de la chute : sur l’endormissement. Dans l’hôtellerie comme en tout, il faut savoir sans cesse se remettre en question et se renouveler pour rester dans le coup, prendre du recul pour voir ce qui ne fonctionne pas et faire en sorte que cela s’améliore. A être constamment le nez dans le guidon, on perd toute lucidité. »
« Prédestiné, moi ? Jamais ! »
Cette remise en question perpétuelle, Hugues la cultive depuis toujours. Depuis ses premiers pas d’apprenti hôtelier à aider ses parents. « Mon père, immigré tunisien, est devenu commercial à l’international et responsable export pour un gros groupe, rappelle le dernier-né de la fratrie. Un jour, ma mère, prof de maths originaire de Saint-Herblon à côté d’Ancenis, en a eu assez de ses absences. Elle lui a demandé de choisir entre le boulot et nous. Ça a été nous. Une nouvelle vie a dès lors commencé pour mes parents, mes deux sœurs et moi. » Un bar de jeunes ouvert en Ille-et-Vilaine, puis un premier hôtel à Aizenay, en Vendée, ont posé les jalons de la conquête. Jamais plus Monsieur et Madame BAALOUCH ne dévieraient du sillon tracé. Et Hugues dans tout cela ? « Je donnais des coups de main, je prenais des réservations, servais les gens, mais à aucun moment je n’ai imaginé leur emboiter le pas. Prédestiné pour l’hôtellerie, moi ? Jamais ! Et pourtant ! » Et pourtant, après des années à refouler les effets de l’usure, le transporteur des débuts, Poitevin d’adoption l’année de ses 16 ans, le temps de passer et obtenir un BEP de conducteur-routier au lycée du Porteau, a largué les amarres. Oubliés les voyages en poids lourds vers l’Allemagne à 18 ans, vite devenus… répétitifs. Dissipée la vie en usine, à assembler des menuiseries alu. Routinière. Tournée la page de la course automobile, noircie, huit ans durant, au sein du Team LARBRE Compétition du Vigeant. Soûlante, là encore ? « Ah là, non, coupe l’intéressé. J’ai eu le privilège de gravir tous les échelons de la hiérarchie au sein de l’écurie recordman de victoires en championnat du monde de Tourisme. Jusqu’à faire partie de son équipe de direction. J’ai été tout à la fois chauffeur, monteur de stands, mécano, électricien, plombier… A l’école de la démerde, j’ai tout appris. » Après huit ans d’épanouissement personnel total, Hugues a pourtant dû capituler devant le plus irréductible des « adversaires ». « Comme mon père autrefois, j’ai dû faire un choix et me suis à mon tour résolu à quitter mon boulot par amour. » Ironie du sort, c’est ce même père qui, plusieurs mois plus tard, allait entr’ouvrir à ce rejeton globe-trotter les portes d’un changement radical. « Il a vu sur une annonce que l’hôtel Amarenna de Marennes d’Oléron était à vendre. Pour dire vrai, je n’étais pas très emballé, ni par l’hôtel lui-même, ni par la région. Mais j’ai fini par lâcher du lest et l’obtenir quasiment pour une bouchée de pain. Il m’a au-delà fallu convaincre les banquiers de me faire confiance pour entamer des travaux et tenir la promesse de remonter le chiffre d’affaires. Banco. Trois ans plus tard, après avoir injecté 700 000€ dans la rénovation, créé un restaurant et changé l’enseigne en Ibis Styles, j’avais triplé le CA d’origine. »
« On m’appelait le « casseur d’hôtels » »
De cette époque et de celle à suivre, la Futuroscopique, Hugues BAALOUCH a hérité un surnom peu commun dans le métier, accordé par quelque banquie(è)r(e) admiratif(ve). « On m’appelait le « casseur d’hôtels », pour ma propension à reprendre des établissements en situation précaire, promis à la casse, et à leur faire remonter la pente. » Ce qui fut encore le cas en 2016 avec le rachat, à l’emblématique Christian Fort, des Pirates et des hôtels du Parc (105 chambres) et Kyriad (200). « Là aussi j’ai beaucoup investi, de l’énergie et de l’argent. Là aussi le pari était tout sauf gagné, mais j’y ai cru. Et j’avais raison. » Celui qui se définit comme un homme « démerdeur et bosseur » et un patron « juste » -« au risque de parfois paraître sans cœur, je ne joue jamais avec les gens et leur emploi »-, « positif » et « fédérateur », mesure fièrement le chemin parcouru. « Contrairement à Marennes, je me sens bien dans la Vienne. Les affaires ? A l’image du Kyriad, que nous avons doté d’un restaurant, La Table de Jules, d’une grande véranda et, cet été, d’une terrasse extérieure de 200m2, elles se développent correctement. L’activité des hôtels, notamment face à la concurrence accrue d’Airbnb, n’est pas des plus florissantes, mais s’apitoyer sur son sort ne sert à rien. L’essentiel, c’est de toujours se relever pour voir plus loin ce qu’il se passe. » Deux heures d’échange pour se convaincre de cette évidence : à l’instant de mener bataille, Hugues BAALOUCH n’est jamais en retard.